Assez du 24 mars
Salut à toutes et à tous,
Aujourd'hui, pas de jeu. Aujourd'hui, quelques pensées, plutôt.
Pas plus tard qu'hier, au fil d'une discussion sur Twitter, j'ai cliqué sur quelques liens de la "Manif pour tous", il s'agissait d'un concours de photos.
Je suis un peu retournée. Pas seulement pour l'instrumentalisation d'enfants, pas seulement pour l'instrumentalisation de personnes âgées.
En fait, je trouve cela aisé de voir des têtes de file dans cette manifestation homophobe. Nous subissons Boutin, nous subissons Frigide et leurs amis. Je pense que n'importe qui - même si c'est bien malheureux - peut les reconnaître dans la rue. Je les trouve par ailleurs un peu stéréotypés, à force de lire des choses sur eux dans les médias. Ils me font grincer des dents, mais je les vois comme des personnages, des gens qui - ce n'est pas possible, sinon - jouent et surjouent leurs rôles.
La Manif pour tous, ce sont ces acteurs en tête d'affiche. Puis la Manif s'immisce plus durement ; dans les publicités Google sur internet, par exemple. J'enrage, je signale aux sites, mais ce n'est jamais agréable.
La semaine dernière, en allant à un rendez-vous, j'ai vu un homme qui distribuait des tracts pour la manifestation du 24 mars. Je l'ai envoyé - un peu trop poliment - promener. Je suis toujours surprise dans ces cas-là, cela tempère mes actes plus que nécessaire.
L'explication de cette réaction est la même que celle qui a suivi le visionnage du concours de photos : ce sont des quidams ; des gens que je suis susceptible de voir dans le métro, des gens qui n'ont rien de particulier, qui ne portent pas leurs sweats moches tous les jours, qui, si ça se trouve, sont même dans mon open space.
Peut-être que l'épicier chez lequel je vais chercher mon repas, ce midi, ira à la manifestation de dimanche. Peut-être.
J'ai l'impression de devenir paranoïaque. Ils me font un peu peur. Pourtant j'ai de la chance, par rapport à beaucoup d'homos : j'ai pu éloigner les homophobes de mon entourage. Mes proches sont conscients de mon homosexualité, je ne rentre dans le placard que quelques petites semaines par an pour les réunions familiales. Je ne subis pas tous les jours un regard désapprobateur, personne ne me jette hors de chez moi parce que je suis attirée par les femmes.
Je voudrais être out avec toute ma famille, mais à voir les réactions et les débats actuels, j'ai peur. Je crains même parce que je vais sortir de chez moi dimanche. Et pourtant, je fais partie de la caste des lesbiennes quasi-invisibles. Cette ambiance qui s'éternise me rend malade, obscurcit mes pensées.
On nous présente de plus en plus souvent l'homophobie en lui donnant des visages sympathiques ; ou pire, oubliables.
Cela me tord le ventre. A tel point que cela sape mon courage, déjà si léger. Courage dont j'aurais tellement besoin pour m'exprimer, pour sortir de mon semi-mutisme sentimental.
J'espère ne pas blesser par cette faiblesse. Et je me demande, continuellement : pourquoi toute cette haine ? Pourquoi déverser continuellement cette intolérance ?
Je suis fatiguée.
Post-Scriptum : Après avoir commencé à rédiger ce billet, un magasine féminin a fait des lesbiennes des objets à la mode ; cela n'améliore pas mon humeur.
Post-post-Scriptum : Je crains qu'il n'y ait pas de jeu du vendredi la semaine prochaine (peut-être même celle d'après aussi).











