6075 All Sinners | Le Dix de Trèfle

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Le Dix de Trèfle
Blog de gaymeuse, rôliste, fan de jeux vidéo autant que de jeux de société. Et peut-être future auteure.
All Sinners | 02.12.2012 - 20 h 40 | 4 COMMENTAIRES
Toute l’aventure de G. Kadarn pour All Sinners

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Bonsoir !

Pour ceux qui souhaiteraient lire l’histoire en une fois, ou qui n’auraient pas Twitter, cet article vous permettra de tout (re)lire (avec les liens vers les morceaux présents sur ce blog). J’espère que l’aventure vous aura plu (ou vous plaira pour ceux qui découvrent). En toute honnêteté, les tweets que vous allez découvrir sont en majeure partie de l’improvisation.

Revenons sur le principe : All Sinners est une histoire transmedia qui s’est déroulée du 28/11/2012 au 2/12/2012. Nous avons participé à l’évènement sur Twitter appelé TwitterFiction, amenant de nombreuses personnes à utiliser Twitter pour raconter une histoire. All Sinners se déroule dans l’univers de Jeff Balek, que je tiens à remercier.

Merci aussi à tous les acteurs avec lesquels j’ai pu discuter, à ceux que j’ai suivis. Il y a eu de belles histoires (j’espère pouvoir les relire tranquillement maintenant, car ce n’était pas toujours évident à suivre). Enfin, merci à Anima Films Production et aux élèves de l’EFA pour leurs vidéos !

J’ai eu un plaisir tout particulier à interagir avec mes lecteurs et les autres acteurs 🙂

GKadarn

Dessin de Phobs sur DeviantArt.

(suite…)

All Sinners | 02.12.2012 - 19 h 50 | 1 COMMENTAIRES
All Sinners : Fin de tempête

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Je suis désolée de n’avoir pu vous donner de nouvelles jusqu’ici. Les évènements se sont bousculés ; et s’il n’était pas déjà assez compliqué de s’amuser avec un smartphone en pleine tempête, cela devient d’autant plus difficile quand on a une jambe blessée.

La nuit fut moins terrible que prévu. Les éléments ont été avec nous, nous permettant de ne pas trop souffrir du vent. L’humidité n’était pas très agréable, mais nous ne pouvions que nous en accommoder.

Je n’ai pas été bien ces dernières heures. La souffrance et la détresse sont difficiles à oublier. La faim aussi.

J’ai été réveillée par quelques coups de feu. Avant que je n’atteigne mon arme, la situation s’était suspendue. De ce que je comprenais, nos adversaires avaient ouvert la porte, mais se dissimulaient derrière elle pour éviter nos attaques. Nous étions à couvert. J’ai demandé à Annick pourquoi nous ne nous contentions pas de tirer sur la porte : les balles la transperceraient certainement. Elle m’a répondu qu’ils avaient réussi à joindre leur collaboratrice qui viendrait en renfort. Ne sachant pas où elle était, ils ne voulaient pas prendre de risque.

Quand j’ai vu la porte du toit s’ouvrir en grand, poussée par un homme qui s’écrasait au sol la tête la première, j’ai supposé à raison que la cavalerie était enfin là. Je n’avais jamais vu cette jeune fille : une rousse, cheveux longs mais attachés, quinze ans tout au plus. Elle était particulièrement efficace au corps à corps, à mains nues. Elle devait connaître un de ces arts martiaux asiatiques ; mêlée à une témérité sans faille face aux balles, sa technique était efficace. Annick prenait soin de tirer sur chaque homme à terre. C’était un massacre, la rousse était arrivée derrière nos ennemis, les prenant à revers. Je me demandais ce que ça faisait d’être mis en déroute par une adolescente.

Lorsqu’il ne restait qu’un agresseur, la rouquine l’a attrapé par la veste, lui a arraché sa cagoule, et l’a pris par les cheveux pour lui mettre la tête en arrière. C’était un jeune homme de dix-sept ans tout au plus, inconnu au bataillon. La fille lui a placé un couteau de boucher sur la gorge. Karine s’est approchée.

« Merci, Lisa. Nous allons vous poser quelques questions, monsieur. »

J’ai lu la crainte dans le regard de l’inconnu. Mais, décidément, la voix de Karine était envoûtante. Elle a repris :

« Qui est votre commanditaire et que faites-vous ici ? Si vous me dites tout sans trop faire d’histoire, je serai compréhensive et nous vous laisserons la vie sauve.

-Je… »

J’ai cru un instant qu’il allait résister, qu’il faudrait lui arracher les informations. Mais non. Il était plutôt prudent.

« Je dois tuer une blonde qui a pour nom Kadarn, antiquaire. C’est Msieur Lorar qui paye. Il nous a demandé ça quand la tempête a été confirmée. On devait en profiter. »

Karine a jeté un regard inquisiteur vers moi. Le jeune homme en a profité pour ajouter quelques mots :

« J’n’ai même plus d’équipe. Si jamais vous m’aider à la tuer, on partage. Y’a un million sur sa tête. Ca vaut, un million pour cinq.

-Un million ? 

-Oui, pour payer le risque avec la tempête et tout. Un million. »

En effet, rien de mieux qu’une belle somme pour motiver un groupe de tueurs de Yumington. Avec ce prix-là, ils auraient pu changer de quartier et disparaître. Mais leur commanditaire ne s’attendait probablement pas à ce qu’ils survivent à Sofia, une fois piégés dans ce quartier pourri.

Mes compagnons d’infortune m’observaient, tous. Karine lança enfin :

« Je couche avec une femme dont la tête vaut un million, la blague.

-Tu as rompu, Karine, rappelle-toi. 

-Ah oui, c’est vrai. »

Elle haussa les épaules, puis posa une main sur la joue du garçon :

« C’est très gentil de nous avoir parlé. Lisa, tu me donnes ton arme ?

-Oui, chef. »

La rouquine a présenté le couteau à Karine. Elle a fait mine de relâcher le prisonnier. Il avait le regard plein d’espoir, mais mon ex s’est dépêchée de lui planter la lame dans le cou, de la retirer, et de l’enfoncer plusieurs fois dans le ventre de sa victime dans sa cage thoracique. Son acharnement sur la chair ensanglantée m’étonnait. Ernest a posé une main sur mon épaule :

« Il était hors de question de te faire du mal, ma chère. 

-Je vois cela. »

Karine s’est relevée, m’adressant un sourire amusé. Elle m’a demandé :

« Tu connais au moins un Monsieur Lorar ? « 

J’ai soupiré :

« Oui, bien sûr : c’est soit le beau-père de ma soeur, soit son demi-frère. »

Ceci expliquait probablement pourquoi ma demi-soeur ne me répondait pas. Je me suis allongée, attendant les secours. J’ai eu le temps de discuter un peu avec Karine, avant de sombrer de nouveau dans le sommeil. Je lui reproche de s’être un peu trop acharnée, mais elle m’a sauvé la vie. Là où je souhaitais lui dire que son acte m’avait inquiétée, j’ai fini par lui demander si elle ne voulait pas qu’on se remette ensemble. Et je suis sans regrets.

Je me suis réveillée dans un hall où de nombreuses personnes, blessées, sont allongées. Des médecins traînent parmi nous. Ce n’est peut-être pas un lieu idéal, mais vous n’imaginez pas le bien que cela me fait de voir que ma blessure est prise en charge. Un type en blanc m’a annoncé que nous allions être amenés vers des hôpitaux pour des soins plus appropriés. Même si je garderai une trace de cette mésaventure, je ne perds pas ma jambe ; c’est positif.

Maintenant, je vais me reposer, avant de pouvoir nourrir mes désirs de vengeance. Nous nous reverrons peut-être.

G.

All Sinners | 01.12.2012 - 23 h 44 | 2 COMMENTAIRES
All Sinners : Les eaux descendent

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A chaque minute, je m’étonne d’être toujours en vie.

Je suis épuisée, sérieusement blessée. Mais, avant de terminer mon tour de garde, je vais reprendre cette journée avec vous.

Tout d’abord, revenons là où je vous ai laissés : Karine est partie seule face à nos agresseurs. J’ai entendu par la suite plusieurs coups de feu. Je me suis dirigée, seule avec mon marteau, sans grand espoir à vrai dire, vers l’endroit où elle était partie. Dans les couloirs à moitié détruits, je l’ai vue apparaître, pleine de sang, avec un fusil dans une main et un flingue de l’autre – excusez-moi pour la description vague, je ne m’y connais pas réellement en armes à feu, c’est trop récent pour une antiquaire. Détail à ne pas oublier, pour haut, elle n’avait plus qu’un soutien-gorge. Le souffle coupé, intriguée, j’haussai un sourcil. Elle vint vers moi, me mit le flingue entre les mains et en profita pour m’embrasser avec chaleur.

Vous l’avais-je dit ? Cette femme me rend dingue.

Elle s’éloigne, s’amuse de mon manque de réaction. Je ne pense même plus à bouger.

« Je n’en ai eu que deux, ce serait bien qu’on continue notre chemin, beauté. »

Puis, alors que mon regard et mon esprit sont intéressés par autre chose, elle me vanne sur ma fixation sur sa poitrine – enfin, il ne fallait pas me la montrer, hein. Je n’essaye même pas de comprendre comment elle s’est débrouillée face à ses assaillants (cela a fort probablement un lien avec sa nouvelle tenue). Elle ne m’a toujours pas l’air en forme, mais armée, elle semble plus à l’aise. Nous rejoignons Ernest et Annick qui ne paraissent pas s’être inquiétés un court instant. Je propose le flingue au peintre qui refuse.

Nous cherchons un plan : nous ne savons pas qui sont nos agresseurs, Karine n’a pas d’élément particulier à nous apporter à ce sujet. Nous sommes un peu mieux armés qu’avant. Dans un bâtiment, peu importe le nombre de nos ennemis : l’important est de se servir du lieu exigu pour mieux bloquer les adversaires et les abattre les uns après les autres. Mais cela implique de tirer plus vite qu’eux. Cette stratégie est plus viable à l’arme blanche.

Après hésitation, nous décidons de continuer à avancer. Pour tout vous avouer, le mur qui s’effondre sous les éléments, juste devant nous, a achevé de nous pousser à partir. Nous sommes assez influençables quand une certaine Sofia nous secoue.

Nous tournons dans le quartier. A vrai dire, nous sommes trop lents pour fuir efficacement. Et où aller, si nous quittons les environs de ma boutique ? Je ne sais pas où est ma soeur, je ne sais pas où sont les abris, où se trouveraient les autorités capables de soigner mon ex (?) (ou petite-amie ?). Je suis simplement perdue.

Dès lors, nous passons de bâtiment en bâtiment, de nouveau. Le principe est d’éviter de se fatiguer, d’éviter de se faire noyer, ou souffler par la tempête. Nous sommes peu de choses. L’exercice me tue. Lorsque j’ai vomi notre propre repas, n’en pouvant plus, Annick a accepté que nous prenions une nouvelle pause. Nous avons réfléchi, longuement : les autorités, si elles ne sont pas trop bêtes, auraient davantage tendance à survoler la ville. A errer dans les couloirs d’immeubles à moitié détruits, nous sommes aussi invisibles pour nos adversaires que pour nos potentiels alliés.

Nous avons entrepris de grimper au fil des étages. Nous avons échangé de nouveau quelques coups de feu. En pleine bataille, Karine a failli perdre conscience. Elle se donne une contenance, mais je sens bien que son état n’est pas encourageant. J’ai peur de la perdre, je pense à son baiser « presque » sauvage. Je la maintiens debout tant bien que mal. Pendant ce temps-là, Annick gérait le combat et Ernest cherchait à défoncer une porte qui nous causait problème. J’entends le bois céder, je me tourne vers le peintre pour lui demander de porter Karine : il refuse, ne s’en sent pas la force. En fixant ses yeux, je me rends compte que nous sommes tous à bouts. Tous, sauf, peut-être, la végétalienne qui a une énergie à toute épreuve. Si ça vient vraiment de ce qu’elle bouffe, je vais réfléchir à arrêter la viande.

C’est donc en passant une main sous les épaules de Karine, sur sa peau nue, que je l’ai soutenue pour avancer dans les derniers étages. Annick fermait la marche, Ernest s’attaquait à toutes les portes. Je me souviens du vent qui s’engouffrait par les fenêtres brisées, nous faisant lutter. Je me souviens du sol qui, parfois trop vermoulu, cédait sous nos pas. Voilà donc ce que les informations appelaient « Apocalypse ».

Nous avons atteint les dernières marches, celles derrière lesquelles il y avait le toit de l’immeuble. Elles étaient fermées par un verrou qui bloquait une chaîne. Ernest s’est mis à travailler la porte, armé du tisonnier et du marteau. A peine entrouverte, elle a déversé une énorme quantité d’eau, qui m’a faite tomber. Ma tête a heurté durement les marches, je me suis sentie glisser. A moitié assommée, je n’ai été réveillée que par un coup de feu, une douleur soudaine. Une silhouette sombre avançait vers moi, me mettant en joue. Elle s’est effondrée juste après, dans l’eau qui continuait de couler. J’ai senti un bras me soulever, une voix me parler, mais mon regard était flou et seule la souffrance comptait. En posant un pied à terre, j’ai compris que j’avais reçu une balle dans la jambe.

J’ai été tirée jusqu’à la porte donnant sur le toit. Il nous a fallu nous contorsionner pour passer, puis nous avons refermé derrière nous. Nous avons un abri de fortune, rien de bien conséquent, avec des objets divers qui traînaient sur le toit après avoir été emportés ici par le vent. J’ai repris mes esprits – il le fallait bien pour vous écrire (vous donner des nouvelles, c’est un moyen aussi de chercher de l’aide). La balle a traversé ma cuisse. L’os n’a vraisemblablement pas été touché. J’ai ingéré assez d’anti-douleurs pour ne pas être bien certaine de la réalité de tout ce que je vois. Pourtant, il a bien fallu que je prenne un tour de garde. J’ai hâte de m’effondrer, de m’endormir, d’essayer de ne pas penser à cette douleur qui me donne quelques forces actuellement. Je roule à l’adrénaline. Mais si je m’effondre, peut-être que je ne me réveillerai jamais.

Nous surveillons la porte les uns après les autres. Si nos adversaires arrivent, ils rentreront par là.

La météo est plutôt positive cette nuit (enfin) :

J’espère sincèrement que ce cauchemar va terminer. Je m’accroche à cet espoir.

Si jamais la police, les ambulances, ou toute personne susceptible de chercher des gens sur Yumington lit ce blog, nous avons urgemment besoin de soins. Je tiens parce que j’ai un garrot, je tiens parce que j’ai peur, je tiens parce que les médicaments m’abrutissent assez pour que je ne me plaigne pas.

Mais je ne tiendrai pas éternellement.

G.

All Sinners | 01.12.2012 - 15 h 36 | 0 COMMENTAIRES
All Sinners : Bref repas

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Derniers bulletins météo :

(Apocalypse, rien que ça)

Cela fait maintenant quelques heures que nous alternons les moments de pause avec ceux de course. Nos poursuivants ne se lassent vraisemblablement pas.

Un immeuble s’est effondré, juste à côté de nous. Nous venions de le traverser, j’ose espérer que cela a fait des victimes parmi nos adversaires. Nous venons de nous poser pour le premier repas de ces dernières 24h. Au menu, conserves froides mangées avec un lance-pierre. Nous n’avons pas le temps.

Si Annick fait souvent mouche quand elle tire, il ne lui reste plus beaucoup de balles. L’adrénaline semble faire des miracles du côté de Karine, qui malgré la fatigue a l’air d’être capable d’en découdre. Elle nous a d’ailleurs proposé de la laisser faire pour récupérer des armes.

Je me rends compte que j’ai longtemps fermé les yeux sur les agissements de mes collaborateurs. Si cela me dérange ? Pas du tout. Qu’ils volent, qu’ils se défendent, peu m’importe. Quand Karine a mis les pieds dans ma boutique pour la première fois, elle ressemblait davantage à une femme paumée venant des quartiers les moins agréables de Yumington. Si je l’ai inspirée ? Je n’en sais rien. Je l’espère. Elle a, dans tous les cas, de la ressource.

Alors je lui ai demandé de faire très attention à elle. Je l’ai laissée se diriger vers nos adversaires, désarmée. Nous sommes donc trois dans une chambre d’hôtel miteux. La pièce sent la sueur et la moisissure. L’eau gronde deux étages plus bas et nous l’entendons comme si nous la survolions.

Je vous laisse. J’entends une rafale de tirs.

All Sinners | 30.11.2012 - 16 h 41 | 0 COMMENTAIRES
All Sinners : Fuite

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Souffler.

Prendre une pause, et espérer que la suite soit mieux. Cette tempête tourne en cauchemar. J’espère me réveiller rapidement, avec une belle gueule de bois, après une soirée mal fichue qui aurait offert ces images d’horreur à mon petit cerveau.

storm

Photo du début de la tempête.

Nous avons entendu des pas sur le toit en fin de matinée. Nous avons d’abord cru que c’était la tempête. Pareil pour les voix. Jusqu’à ce que nous entendîmes clairement : « Tirez à vue ! »

Il a été question de s’organiser au plus vite. Annick a récupéré le flingue qui traîne dans mon bureau en cas de problème (cela vous paraît bizarre ? J’habite à Yumington). Ernest a repris le tisonnier. Je récupérais le plus de provisions possible pour pouvoir fuir.

Alors que des gens tournaient sur mon toit, le sol a commencé à suinter. L’eau rentrait par l’escalier qui donnait au premier étage. C’était une horreur. J’ai pris la première chose qui me venait sous la main pour me défendre : un marteau. Avec Ernest, nous avons défoncé la barricade que nous avions mise sur la fenêtre du salon.

L’intérêt de cette fenêtre, c’est qu’elle donne sur un escalier de métal de l’immeuble à côté. Nous sommes sortis, tous les quatre. Annick a commencé à tirer, elle a touché un de nos agresseurs. Ils sont cagoulés, vêtus de sombre. Impossible de savoir de qui il s’agissait. Elle a hurlé quelque chose comme : « Les humains, c’est vraiment des animaux de merde« , à un poil de cul près. Mais c’était son propos.

Difficile de donner des nouvelles en courant. Je tenais un marteau d’une main, mon ex de l’autre. Je pense que la course a été particulièrement difficile pour Karine. Nous avons préféré descendre de l’escalier : il aurait certainement été plus simple de passer par les toits, mais nous aurions été sous le feu d’une poignée de fous.

J’ai entendu leurs cris, leur rage, leurs ordres : ils sont là pour nous. Pourquoi nous poursuivent-ils en pleine tempête, sinon ? Il faut être bien acharné.

L’envie de reprocher cette situation au petit gang de trafiquants d’art m’est passé par la tête, bien sûr. Mais ce n’est même pas la peine d’essayer : je n’ai pas le temps, et ils semblent aussi surpris que moi. Notre survie compte bien plus que ma colère actuelle.

En bas de l’escalier de métal extérieur, il y avait l’eau, grondante, qui ressemblait à s’y méprendre aux rapides de mes vacances en campagne avec mes parents, quand nous avons fait du kayak. J’avais hésité à les passer, à cette époque. Avec des gens qui vous tirent dessus, vous hésitez beaucoup moins. J’ai plongé, avec mon sac plein de conserves et mon marteau. J’ai tendu la main à Karine qui grognait. Déjà, son bandage est imbibé de flottes diverses. Entre la pluie et l’eau ramenée par la mer, elle doit souffrir. Je l’aide à avancer, nous grimpons dans un bâtiment proche en passant par une fenêtre qu’Ernest a défoncée.

La pièce est en partie sous l’eau. Nous en faisons entrer avec nous. J’aide de nouveau Karine. Derrière nous, Annick échange des coups de feu. Avec de l’eau jusqu’aux chevilles, j’appelle à l’aide sur Twitter. Un peu de soutien de la part d’une des radios, mais, personne ne peut venir nous aider.

Nous décidons de grimper les étages du bâtiment. Les meubles sont repoussés par l’eau. Je vois une chaise qui navigue auprès de nous. Nous continuons notre fuite.

Je fais une pause avec mes compagnons d’infortune, dans un des étages du bâtiment – par prudence, je ne vous dirai pas lequel. Karine est dans un sale état. Annick doit vérifier le nombre de balles à sa disposition. Dans tous les cas, nous sommes mal barrés. J’espère que mon téléphone tiendra assez longtemps pour que je puisse contacter des secours.

Les seules personnes que nous entendons, que nous voyons, presque les seuls avec lesquelles nous avons des contactes, ce sont nos agresseurs. J’ai l’impression que le reste du monde disparaît sous la tempête.

All Sinners | 30.11.2012 - 12 h 53 | 1 COMMENTAIRES
All Sinners : Montée des eaux

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Nous sommes le 30 novembre.

La tempête bat son plein. Le vent nous abrutit. Il souffle, fait grincer mon appartement.

Hier soir, des gens ont traîné dans le quartier. Nous avons entendu coups de feu, cris, avant que la tempête ne chercher à effacer tout ceci. Il y a souvent des coups de feu à Yumington, pas trop dans mon coin, mais une balle solitaire n’est jamais surprenante. Des échanges, par contre, en pleine tempête, c’est plus inquiétant. Nous avons cru qu’ils viendraient nous cueillir. J’évite de trop souvent me frotter aux bandes, même si je me doute qu’Annick, par exemple, en est bien plus une habituée. Il faut bien se fournir en oeuvres d’art.

Mes compagnons d’infortune ont souligné leur inquiétude pour le quatrième larron de leur bande. Ils ne cachent plus réellement l’existence d’un réseau que j’avais déjà deviné.

Entre le vent, le grondement dû à l’eau qui s’infiltrait dans la ville, les coups de feu qui reprenaient, nous avons eu beaucoup de mal à nous calmer. Ernest tentait de s’informer sur le reste de leur groupe, Karine a eu une montée de fièvre. Je l’ai un peu assommée de calmants, pour l’ai couchée dans mon lit. Je ne l’ai jamais vue aussi mal. Si la situation ne s’arrange pas rapidement, elle sera certainement la première à succomber.

Ma soeur ne répond pas. Ce n’est pas comme si j’étais capable de faire quelque chose si elle avait des problèmes, après tout. Je fais mon possible pour gérer la situation, j’accepte que la végétalienne trie les boîtes de conserve, qu’Ernest dessine, que Karine dorme dans mon lit. Ils s’occupent, oui, et moi je m’inquiète. Je n’ai pas ma soeur, ma petite soeur, ma demi-soeur, peu importe, mais elle n’est pas là. L’ouragan l’a-t-elle touchée ?

Les murs tiennent. L’eau est entrée dans ma boutique. Plus elle monte, plus les dégâts financiers sont importants. J’espère juste qu’elle n’atteindra pas l’étage : je ne sais pas où nous dissimuler après. C’est le centre de mes réflexions actuelles.

Si quelqu’un pouvait nous envoyer de l’aide…

All Sinners | 29.11.2012 - 12 h 06 | 5 COMMENTAIRES
All Sinners : une nuit de préparation

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Bonjour. J’espère que Sofia ne vous a pas touchés et que vous vous portez bien.

De notre côté, à Yumington, cela commence à mal se présenter. Je vous laisse tout de suite le bulletin météo de ma ville, ainsi que les news sur la fin du tueur au QR-codes. J’en ai brièvement parlé dans mon dernier billet.

Par chance, je peux encore communiquer. Je ne sais pas jusqu’à quand j’en aurai les moyens. J’ai un petit générateur auquel mon appartement est relié, mais cela ne me paraît pas viable. Je croise les doigts pour pouvoir vous parler encore longtemps. Vous savez, cela me rassure d’avoir des informations de votre côté. Les environs ont des faux airs d’apocalypse, j’aime à savoir que le reste du monde se porte bien.

Depuis mon dernier message ici, je ne suis plus seule. Pour quelques nécessités d’anonymat de mes collaborateurs, je vais vous les présenter sous des noms qui ne sont pas les leurs.

Ernest, donc, est un jeune artiste. Il est spécialisé dans la restauration de tableaux. Il fait partie de ces gens que je contacte pour m’aider, car je suis peut-être à l’aise avec les meubles, mais les tableaux ne sont pas ma tasse de thé. Il a une dizaine – presque une quinzaine – d’années de moins que moi. Il est serviable, sympathique, souriant. Il a une grande sensibilité artistique et humaine. Je l’apprécie énormément.

C’est Karine qui me l’a présenté la première fois. Je ne sais pas tout de lui, mais je ne suis pas dupe : j’ai cru comprendre qu’il était étudiant – ou avait étudié – en Arts, qu’il était bon. Et je suis à peu près certaine qu’il fait des copies de grandes oeuvres. A n’en pas douter, il est trafiquant.

Il avait rendez-vous avec moi en fin d’après-midi. Je ne m’attendais pas à le recevoir, avec la tempête. Mais il est arrivé et s’est installé pour m’aider et pour peindre. Ernest est grand, mais très sec. Il est brun, a un air tendre avec tout le monde. Il est toujours propre sur lui. J’aime travailler avec lui.

J’ai ensuite tenté d’appeler ma demi-soeur, en vain. Elle ne répond pas. Je ne sais pas quoi en penser. Cela m’inquiète.

Dans la nuit, j’ai entendu ma sonnette. Ernest a récupéré un vieux tisonnier pour m’accompagner au rez-de-chaussée, dans la boutique. Nous avons ouvert la porte, pour voir Karine et Annick.

Contrairement à certains encouragements, n’ayant pas eu de réponse de ma soeur, je m’étais abstenue d’appeler mon ex, trop inquiète pour ma famille. En la voyant, j’étais donc très étonnée. Elle était blessée à la tête, il était hors de question de laisser les deux femmes dehors. Je leur ai ouvert ma porte. Elles m’ont raconté qu’elles étaient parties vérifier si j’allais bien. Malheureusement, elles ont eu un accident de scooter. UN SCOOTER A DEUX EN PLEIN DEBUT DE TEMPETE. J’espère que le risque pris vous frappe autant que moi.

Annick est une amie de mon ex. Bon, c’est ainsi qu’elle m’a été présentée, mais je suis bien consciente qu’elles ne se supportent qu’à peine. Elle a les cheveux châtains, longs, avec une grande tresse. Elle est, à mon humble avis, une caricature plus qu’un stéréotype. Annick est énervée contre tout et n’importe quoi, va militer dès qu’on lui présentera une cause qui va à l’encontre des décisions du pouvoir en place. Des fois, c’est à se demander si elle ne cherche pas à être une personnification d’un mouvement (qui change régulièrement). En ce moment, elle est écolo. Mais, donc, elle est Ecolo, avec une majuscule s’il vous plaît, et me jette par exemple des regards noirs à chaque fois que je cherche à revendre un meuble avec du cuir dessus. Je suis antiquaire, donc, cela arrive souvent. Comme vous l’imaginez bien, elle est végétalienne et je n’ai pas fait mes courses de provisions pour la tempête en prenant en compte ce sympathique détail. C’est donc sujet à débat (et si elle continue à me juger ainsi, je vais lui dire de prendre son scooter pour faire des courses).

Je vous ai déjà parlé un peu de Karine. Elle est donc blessée à la tête, n’a pas vraiment de conversation. Je l’ai mise dans mon lit pour la laisser se reposer, et commencer à protéger les meubles de ma boutique de l’inondation annoncée par les informations.

Annick, Karine et Ernest se connaissent tous très bien. Yumington est un quartier mal famé. Il y a des bandes, des voleurs, casseurs ou pilleurs avec plus ou moins d’expérience. Admettons que nous soyons une de ces bandes, mais d’une version plus subtile que des gens cagoulés en noir et en armes. Une partie de mes clients doit me refourguer des objets volés, que je fais disparaître dans la nature. C’est grâce à Karine que j’ai pu améliorer le système. Elle et Annick m’ont donné des contacts intéressants, Ernest m’aide beaucoup.

Ce n’est certes pas très honnête, mais qui, de nos jours, est honnête à Yumington ?

Les habitués du quartier peineront à trouver une réponse.

All Sinners | 28.11.2012 - 15 h 33 | 8 COMMENTAIRES
All Sinners : Une boutique à barricader

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A la radio, à la télévision, ça gronde. L’ouragan arrive, le temps se dégrade. Yumington ne va pas tarder se retrouver assailli par les éléments.

Je ne peux pas partir. Je ne peux pas laisser ces vieilleries, mon appartement, comme ça. En fait, j’ai d’autres raisons que des choses purement matérielles (bien que cela me troue un peu le cul de songer que, peut-être, tous mes biens disparaîtraient, pillés ou détruits par le vent ou la pluie). Mais peu importe ; je ne voulais pas parler de cela.

J’en ai discuté avec quelques personnes de Twitter, qui m’ont convaincue qu’à défaut de quitter la ville, autant se préparer à faire face au pire. Il me faut donc construire barricades et acheter des ressources. Avant de partir, j’ai entendu mon téléphone vibrer, affichant fièrement le nom de Karine. J’en ai assez de nos conneries. Je n’ai pas répondu.

Les routes sont bloquées par les embouteillages, les gens paniquent. Au supermarché, c’était l’horreur. J’en ai vu se battre pour du chocolat, d’autres engueuler leurs enfants. Un type bizarre m’a suivie une fois mes achats terminés. J’ai eu peur, mais la sirène des flics l’a fait partir. Ouf.

La police est assez efficace, d’ailleurs : alors que les gens sont invités à évacuer, ils ont éliminé le serial killer au QR-codes. C’est une histoire assez glauque de mon quartier. Vous ne le connaissez pas ? Cet homme marquait ses victimes avec un QR-code. Quand on voit ce que certains font avec les nouvelles technologies, je suis bien contente de vivre avec des meubles anciens.

De retour dans ma boutique, j’avais un client qui attendait sous la pluie, tout seul. Il a piqué une crise parce que je m’étais absentée durant mes heures d’ouverture. Sérieusement. Les gens sont fous. Il m’a acheté une lampe en émaux de Longwy. On m’a laissé entendre que c’était une bonne idée pour s’éclairer, mais quand même : il n’était pas obligé de s’énerver.

J’ai commencé à songer à un rationnement possible pour ne pas épuiser mes boîtes de conserve trop rapidement, quand Karine m’a rappelée. Je n’ai toujours pas répondu, mais je commence à culpabiliser. Elle m’emmerde, il faut l’avouer (en espérant que vous m’excuserez pour ce terme).

Karine, c’est mon ex. « L’Exe », comme on pourrait l’écrire. Nous avons rompu pour la quatrième fois il y a cinq jours. Avec elle, c’est passionnel, explosif. Nous n’arrivons pas à être dans la demi-mesure. Cela me fatigue. Mais c’est quand même elle qui a rompu la dernière fois.

Je travaillais, quand nous nous sommes rencontrées. Elle était entrée en plein hiver dans ma boutique. C’est une brune à peine plus jeune que moi se promenait bras nus – bras tatoués, d’ailleurs. Elle savait me captiver avec son accent qui fleure bon le nord, mais je n’ai jamais su d’où elle venait vraiment. Elle cherchait des livres anciens, mais n’avait pas de quoi s’en acheter un seul. Je me souviens de son regard déchiré quand je lui avais annoncé les prix. Elle m’avait demandé si, au moins, elle pouvait les toucher, les sentir. J’acceptais. Plusieurs fois dans la semaine, elle venait caresser des pages jaunies par le temps.

Je ne sais plus trop comment nous avons fini ensemble, mais elle me touchait ; me touche encore. Elle a l’air d’un animal sauvage qui cherche à se civiliser, là où je suis une marionnette civilisée qui cherche à briser ses fils. Nous sommes deux opposés, nous nous attirons, mais une fois en contact, ça finit par gronder.

Si elle m’appelle aujourd’hui, c’est certainement parce qu’elle s’inquiète pour moi. Je suis tellement en colère que je n’ose pas lui répondre. Et j’ai honte de mon silence. Je ne sais plus quoi faire avec elle. Continuer ? Lui laisser la possibilité de revenir vers moi ? Ou lui dire merde et me trouver une femme qui m’offrirait une vie plus paisible ?

Cet ouragan me rend nerveuse.

C’était le Point G. Je dois me préparer des barricades.

All Sinners | 28.11.2012 - 02 h 03 | 2 COMMENTAIRES
All Sinners : Meet G. Kadarn

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GKadarn

Bonsoir (bonne nuit).

Ici G. Kadarn. Je suis antiquaire. Il y a peu de boutiques comme la mienne à Yumington – tant mieux – donc vous me trouverez rapidement en ville. C’est simple, je suis anormalement jeune par rapport à mes collègues. Il suffit de bien regarder la personne cachée derrière les tentures, meubles et tableaux. Si elle est blonde, vous êtes chez moi.

« Chez moi. » Intéressant, ce lapsus. Après tout, mon appartement est au-dessus de ma boutique. C’est pratique pour hurler un coup quand quelqu’un m’énerve, manger sainement le midi et ne pas rentrer du travail trop tard le soir. Mais je suis de ceux qui aiment sortir.

Mon travail est plus vaste qu’il ne le paraît : je récupère vos objets anciens, les restaure – ou demande à quelqu’un d’autre de le faire pour moi si cela sort de mes compétences – et je les revends. Je ne suis pas trop regardante sur les clients, je m’intéresse davantage à ce qu’ils m’apportent. Alors, oui, peut-être que certains de mes contacts ne sont pas aussi honnêtes qu’ils veulent bien le faire croire. Et alors ?

Entre nous, je dois avoir 95% de mes clients qui ont deux fois mon âge. Et j’ai l’impression de les rajeunir un peu. Sortir le soir, cela devient vital. Histoire d’éviter de songer que Yumington est uniquement peuplée de personnes âgées. J’ai des amis, quelques uns. Au bar, on s’amuse. Quand je rentre dans une longue discussion sur une de mes découvertes, un bel objet d’art par exemple, je n’ai pas intérêt à discourir trop longtemps ; sinon, j’atteins ce que mes amis appellent le « Point G.« , celui où, vraisemblablement, je suis un peu trop chiante pour quelqu’un qui roule à la bière.

Comment fait-on pour devenir une « jeune » antiquaire et briser le stéréotype du vendeur aussi vieux que ses meubles ? Chacun sa technique. Personnellement, je suis bien née. Mes deux parents étaient très riches. J’ai eu un bel héritage à la mort de mon père. Ma mère s’est remariée, m’a fait une demi-soeur avec un homme qui, lui-même, avait déjà un fils. Je ne supporte ni l’homme, ni le fils. Ma mère n’est plus, malheureusement. Je n’ai pour famille qu’une petite-demi-soeur un peu trop influencée par deux hommes que je trouve douteux. Je pense qu’ils dévorent l’héritage de ma soeur. Je pense qu’elle devrait leur dire merde. Je pense que cette situation pue. Je pense aussi que je ne devrais pas m’impliquer.

Et oui, je pense trop ; et j’ai peut-être atteint le Point G.

Tout ceci pour dire que, petite fortune et études à l’appui, j’ai troqué mes débardeurs et mes jeans pour une veste vieillotte qui me donne dix ans de plus (vous avez le droit de me flatter et de me dire que j’exagère) et un tailleur. Je me maquille, je fais attention aux boucles de mes cheveux. Je ressemble à une femme d’une autre époque. La nuit, je me transforme, je me rajeunis.

Un ouragan est annoncé sur ma ville, Yumington, dans les prochains jours. J’ai un peu peur. Dans ces cas-là, je crains que les éléments ne me rattrapent. Comment est le temps par chez vous ? Je serais ravie d’avoir des nouvelles d’ici et d’ailleurs.

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