6075 Les enfants et la négation de l’homosexualité dans ma famille | Le Dix de Trèfle

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Réflexions | 24.07.2013 - 12 h 01 | 10 COMMENTAIRES
Les enfants et la négation de l’homosexualité dans ma famille
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Après une relativement longue hésitation, ce weekend, je suis partie en Bretagne auprès du côté de ma famille qui n’est pas excessivement tolérant. Cela m’arrive peu souvent, car aller les voir signifie que je vais faire un tour dans le placard. Mais j’ai fini par me décider parce que ce serait probablement ma seule occasion de voir mon père durant un an, qu’il y avait ma demi-soeur que je n’avais pas rencontrée depuis longtemps. Certes, j’y suis allée avec l’arrière-goût que c’était moi (et mon porte-monnaie) qui faisais des efforts.

Ceci dit, la Bretagne pendant que Paris est en pleine canicule, ça n’a pas semblé être la pire des idées.

loups-garous-thiercelieux

Je vous raconte ma vie mais je parle quand même de jeu.

Dans l’ensemble, cela s’est plutôt bien passé. D’une part parce que je ne voulais pas me cacher (le placard, depuis que j’en suis sortie, ça m’étouffe d’y revenir). Certaines personnes étant au courant, je discutais ouvertement avec elles. Si des oreilles curieuses ont traîné, tant mieux ! Personne n’a osé venir m’en parler après, ceci dit. Ce côté de ma famille est très catholique, très de droite, et je ne sais jamais quelles sont leurs prises de positions. Par exemple, je suis incapable de vous dire ce qu’ils ont pensé du mariage pour tous. J’ai gentiment fait la sourde oreille et préféré ne pas trop me rapprocher d’eux durant cette période. La peur, peut-être, de briser définitivement des liens avec un côté de ma famille.

Certains diront qu’ils ne me méritent pas, s’ils ne sont pas capables de m’accepter telle que je suis, mais ils sont quand même de ma famille.

Toujours est-il que ce sont les enfants qui m’ont surpris. Je dois être un peu naïve, tout de même. J’ai beaucoup souffert à cause des autres enfants quand j’étais petite et il m’arrive de supposer que les enfants sont trop mignons maintenant. Non, ils ne sont pas tous trop mignons. Mais ce que j’ai entendu et remarqué de la part de mes cousins est assez caractéristique du milieu dans lequel ils doivent évoluer, de leur éducation (pour information, j’ai beaucoup de différence d’âge avec mes cousins, le plus âgé ayant 10 ans, ils ont tous une éducation très genrée, contrairement à mon frère, ma demi-soeur et moi – qui suis l’aînée et ai dit zut au genre très jeune). J’ai envie de vous parler de deux anecdotes.

La première a un contexte assez simple. Nous sommes sur la plage, je propose à mon frère et à ma demi-soeur (auprès desquels je suis sortie du placard depuis une éternité) de leur acheter une crêpe. Nous commençons à marcher dans le vendeur et mon frère me demande mon avis sur quelques filles allongées sur leurs serviettes. J’écris « filles » parce qu’il ne me montrait que des personnes vraisemblablement mineures (et donc je n’ai pas d’avis). Vous passerez le peu de discrétion quand mon frère me demande ça sur une plage où à peu près tout le monde est ami avec ma famille. Une de mes cousines vient vers nous en courant, alléchée peut-être par le fait que nous nous dirigions manifestement vers les crêpes. Elle a 9 ans, écoute bien soigneusement la conversation qui nous fait parler de femmes, du fait que je sois célibataire, puis de mon frère qui pense avoir une relation un peu ambiguë avec son colocataire. Pourtant, une demi-heure plus tard, alors que je regardais mon téléphone, la-dite cousine me dit : « C’est ton amoureux ?  »

La deuxième anecdote s’est déroulée durant une partie de Loups-Garous de Thiercelieux. Pour ceux qui ne connaîtraient pas les règles (comment ça, vous ne m’avez pas subie comme meneuse de jeu ?!), nous avions un joueur qui avait le rôle de Cupidon et qui a désigné deux Amoureux. Dans ce jeu, si un Amoureux meurt, l’autre aussi. Si un Amoureux est Loup-Garou et l’autre Villageois, ils doivent se débrouiller pour être les seuls à survivre. Il s’est avéré que Cupidon avait désigné mon frère et un de mes cousins (9 ans aussi) comme Amoureux. Voyant ça, mon cousin s’est exclamé un fort discret « Ah non, beurk ! » (très sympa pour mon frère). Au moment où mon cousin s’exclame que mon frère était Loup-Garou et qu’il fallait le tuer, j’ai haussé un sourcil, puis ai demandé un innocent : « Pourquoi ?« . Bref, le village a éliminé mon frère et par conséquent mon cousin aussi. Je lui ai demandé s’il n’avait pas compris les règles, il m’a assuré que si, mais que normalement on ne désignait pas deux hommes comme Amoureux. A mon nouveau « Pourquoi ? » innocent, il a soutenu que deux hommes ou deux femmes, ça ne pouvait pas être amoureux. J’ai aperçu mon frère et ma demi-soeur qui étaient prêts à monter au créneau, mais j’ai tranché par un simple : « Bien sûr que si. » et j’ai regardé ma tante, attendant une réaction. Je n’allais pas non plus faire devant tout le monde une leçon à mon cousin. Ma tante a gentiment haussé les épaules, annoncé que « C’est pas bien grave, tout ça. Et il est tard, on va aller se coucher.« , pendant que mon cousin expliquait à mon frère que deux hommes qui s’aimaient c’était trop sale et qu’il valait quand même mieux tuer les personnages du jeu dans ce cas-là, c’était comme ça d’après ce qu’on lui avait dit à l’école.

Bien évidemment, mon frère et moi aurions pu, en tant que bisexuel et lesbienne, frapper du poing sur la table et leur dire que merde, c’était quand même un peu violent comme paroles de la part d’un enfant et que sa mère aurait pu au moins prendre la peine de lui apprendre la tolérance. Je pense que nous étions deux à être très surpris par la situation, par cet exemple d’homophobie ordinaire dans un cadre où l’homosexualité n’existe pas. La première anecdote est moins blessante que la deuxième, parce que je sais que c’est un sujet tabou dans cette famille.

Je me demande, depuis, comment cela se passe dans les écoles. Est-ce que les enfants sont comme ça ? Était-ce un fameux exemple de ce que peut penser un enfant quand ni ses parents, ni ses professeurs, ni ses amis ne lui parlent de tolérance ? Après, on nous dit qu’il ne faut surtout pas parler d’homosexualité aux plus jeunes.

Si c’est pour qu’ils deviennent cons, ce silence est parfait, ouais.

Post-Scriptum : Et que raconte cette homophobie des enfants, sur celle des parents ?

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Je suis curieuse, attentive, là pour apprendre, pour m'exprimer aussi. J'ai la tête pleine de verbes sympas, comme : découvrir, rencontrer, échanger, partager, écrire. Envie de les appliquer ici. Voici ma présentation sur le blog de la communauté pour les curieux : http://blogdelacommunaute.yagg.com/2011/09/05/keela-yaggeuse-de-la-semaine/
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LES réactions (10)
Les enfants et la négation de l’homosexualité dans ma famille
  • Par anne marie aujourd'hui - 16 H 18

    et bien c’est plus simple, si dans ma famille,quelqu’un se permet de dire quoique se soit sur mon fils et son copain,j’ai coupé les ponts
    quand on est con ,on est con,pourquoi perdre du temps avec des abrutis du coeur
    l’essentiel est qu’il soit HEUREUX et BIEN ENSEMBLE

     
  • Par Mael aujourd'hui - 9 H 21

    Petit détail, cela doit faire une bonne dizaine d’année que je joue au Loup-Garou et à nul moment il n’est fait mention de genre dans les règles vis à vis de cupidon…
    Pour ce qui est du regard sur l’homosexualité de l’enfant, il tient principalement à l’éducation familiale. J’ai vraiment été surpris de l’évolution des mentalités dans les collèges de province dans ces 20 dernières années, ça fait plaisir. Alors bien sur il y a toujours des insultes à caractère homophobe qui peuvent s’entendre mais l’expression de son homosexualité y est possible contrairement à il y a 20 ans.

     
  • Par Red 24 Juil 2013 - 21 H 07
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    Je suis pas quelqu’un de très optimiste. J’ai quand même, encore l’impression que « tarlouze », « pédale » ou « pédé » est une insulte assez classique dans les cours de récré… Et j’ai peur que même dans une famille pas forcément hyper catho/de droite, mais plus modérée, ça sera le cas également… (quand j’entends certaines choses chez ma soeur ou mon frère par exemple……… – plus des paroles hyper genrées que homophobes, mais c’est lié…)

     
  • Par Judith Silberfeld 24 Juil 2013 - 15 H 10
    Photo du profil de Judith Silberfeld

    Et l’école ne peut pas tout. Les parents ont une responsabilité aussi.

     
  • Par Panthère13 24 Juil 2013 - 14 H 57
    Photo du profil de Panthère13

    Et 1 dossier « Eduquer contre l’homophobie dès l’école primaire » http://www.snuipp.fr/Eduquer-contre-l-homophobie-des-l

     
  • Par Panthère13 24 Juil 2013 - 14 H 56
    Photo du profil de Panthère13

    Je ne voulais SURTOUT pas sous-entendre que vous aviez manqué de courage. Ce genre de situation se gère de façon beaucoup trop intime et personnelle pour être « jugée » ou même « appréciée » de l’extérieur. Maintenant, les profs ont une « liberté pédagogique » par rapport aux programmes officiels MAIS des choses existent vraiment, exemple : http://www.snuipp.fr/Presentation-du-dossier,12530

     
  • Par Judith Silberfeld 24 Juil 2013 - 14 H 46
    Photo du profil de Judith Silberfeld

    Je l’ai déjà raconté ailleurs mais dans l’école où ma fille allait en primaire, dans le IVe arrondissement de Paris, quand elle était en CE1 ou CE2 (il y a donc 3-4 ans), les insultes préférées des gamins dans la cour de récréation, c’était « clochard », « SDF » et « homosexuel ». L’instit est intervenu pour leur expliquer que ce n’étaient pas des insultes (c’était un super instit, je pense qu’il a fait cela très bien), mais ça ne peut pas être suffisant pour changer les mentalités. À cet âge-là, les enfants répètent ce qu’ils entendent chez eux ou à la télé. S’ils ne sont pas d’accord avec ce qu’ils entendent, ils ne répètent pas, mais ils ne se positionnent pas encore contre.

     
  • Par Keela 24 Juil 2013 - 13 H 34
    Photo du profil de Keela

    @sh2o et Fabrice : La mère elle-même est enseignante dans une école publique (et la mère de ma cousine est prof en lycée). Peut-être n’ont-ils pas la chance d’avoir des professeurs ouverts d’esprit. Je ne sais pas comment les choses ont évoluées dans l’enseignement à ce sujet, mais tout progrès est bon !

    Il m’était difficile de répondre que je suis lesbienne (et je pense que mon frère a pensé la même chose que moi) dans un cercle où la majorité des personnes autour de moi ne le savent pas. Je les suppose même – peut-être à tort ! – homophobes pour la plupart d’entre eux. Nous avons été élevés dans un clan, une grande famille qu’il faut respecter au-delà de tout. Ceux qui s’en sont éloignés sont incompris. Ce n’était pas impossible à faire, mais nous avons manqué de courage sur l’instant.

     
  • Par Panthère13 24 Juil 2013 - 13 H 23
    Photo du profil de Panthère13

    Je ne vais rejouter grand chose au commentaire de Fabrice. Mais étant enseignante moi-même (et lesbienne) je peux assurer que (du moins dans les écoles publiques) un réel discours de normalisation (et non de tolérance qui est un pis-aller) est transmis aux enfants. Plusieurs syndicats ont même publié des mémos avec des références de littérature de jeunesse et des jeux de questions réponses pour aborder le thème avec les élèves.
    En revanche, je ne sais comment vous avez fait pour ne pas répondre à ce cousin « Je fais l’amour tous les jours avec une et c’est aussi normal que ton papa et ta maman ».

     
  • Par Fabrice 24 Juil 2013 - 12 H 24

    Bonjour,

    Comme vous le soulignez très justement, ce que vous rapportez en dit plus sur l’homophobie de votre tante que sur celle de vos cousins. A dix ans je pense qu’ils ne peuvent pas se faire leur jugement sur ces questions par eux-mêmes. Par contre je crois que vous auriez dû intervenir et dire ce que vous vivez, simplement, que l’amour ne se commande pas et qu’une histoire interpersonnelle est d’abord une histoire d’amour avant d’être une histoire homo ou hétérosexuelle.
    Pour ce qui est de l’école maintenant, en tant qu’enseignant, certes du service public, mais quand même, je peux vous assurer qu’aucun enseignant ne peut avoir tenu les propos « rapportés » par votre petit cousin de 10 ans. Pour ma part, je ne cache pas mon homosexualité car je pense que cela peut servir à certains adolescents de savoir qu’il y a des homos enseignants, médecins, avocats, magistrats, bref qu’être homosexuel ce n’est pas pire que d’avoir les yeux bleux ou d’être rouquin.
    Amicalement,
    F. Ryckebusch

     
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