6075 Le jeu du vendredi : Remember Me | Le Dix de Trèfle

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Blog de gaymeuse, rôliste, fan de jeux vidéo autant que de jeux de société. Et peut-être future auteure.
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Jeux | 21.06.2013 - 09 h 21 | 7 COMMENTAIRES
Le jeu du vendredi : Remember Me
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Difficile de débuter cet article. Vous avez, si vous suivez un peu l’actualité des jeux vidéo, certainement déjà entendu parler de Remember Me. D’abord parce qu’il était présenté comme étant moins sexiste que la moyenne des jeux, ensuite parce qu’il a été développé par un studio français, enfin parce que depuis son arrivée, il reçoit beaucoup de critiques. Négatives, les critiques. Très négatives.

Il est étrange de commencer un jeu pendant qu’on voit les réseaux sociaux en dire du mal, à une ou deux voix près. C’est à mon tour de donner mon avis, en espérant ne rien oublier.

Remember Me

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« On ne s’oublie pas. »

Le contexte

Néo Paris, 2084 (nous pouvons nous douter que la date n’est pas innocente), une certaine Nilin est dans la prison de la Bastille. Elle s’en échappe grâce à Edge, quelqu’un qui la guide pour la mettre en garde et lui donner quelques missions. Nilin est une chasseuse de souvenirs à qui on a effacé la mémoire quand on l’a enfermée dans la Bastille (on fait comme ça avec les prisonniers en 2084, on leur redonne la mémoire après, soit disant).

Les technologies de 2084 permettent de remixer la mémoire. Vous pouvez choisir ce dont vous allez vous souvenirs. Certains peuvent même, avec les bons outils, changer vos souvenirs. Il est possible de les partager, de les donner. Les gens peuvent devenir accrocs, au point d’en perdre leur personnalité dans un mélange de souvenirs.

Voilà pour le contexte. Nous arrivons avec le point de scénario facile de l’héroïne qui a perdu la mémoire (j’avais joué à Star Wars : Knights of the Old Republic juste avant, regrettant déjà ce ressort scénaristique qui est aussi bien utilisé dans chacun des deux jeux ; c’est-à-dire mal). Je m’explique ! Je lis / joue / regarde beaucoup de fantastique et de science-fiction. Il est donc plus facile pour moi de me douter de ce que cache un personnage qui a perdu la mémoire par rapport au scénario. Car il est fortement dommage que les personnages dans ce cas aient systématiquement un gros truc de caché (tellement gros que vous allez le deviner). Dans le cas de Nilin, je le regrette d’autant plus que les bases du scénario permettaient de partir d’une Nilin qui ne serait pas embrigadée dans des histoires faciles à anticiper.

Il reste que (c’est difficile de ne pas spoiler) c’est relativement bien amené et que l’accent est davantage mis sur les sentiments et réactions des personnages quand on vous révèle ce qu’elle a oublié. De fait, je ne me suis pas exclamé un « TROP FACILE » comme dans Star Wars, j’étais davantage prise par les scènes présentées.

 

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Un des intérêts de ce jeu est de découvrir la ville de Paris en 2084 (je remarque en chargeant cette image que, quand même, c’est étrange cette lumière qui vient du bas pour souligner les fesses de Nilin).

Entrer dans l’histoire

Le jeu commence in media res dans la Bastille. La voix de l’homme qui vous guide est telle que, avec un minimum de connaissance en science-fiction, vous n’avez aucune envie de le suivre. Et ce sera mon principal problème dans tout le jeu : je n’ai pas été d’accord avec la quasi-totalité des choix de Nilin. Cependant, on ne vous invite pas à être le personnage : contrairement à des jeux comme Fallout 3, la caméra est située derrière Nilin (dans Fallout 3, vous voyez ce que voit le personnage). Cela change énormément la position du joueur par rapport au protagoniste. Je ne suis pas d’accord avec elle, mais je ne suis pas elle, j’observe sa vie.

Et, quitte à déplaire à beaucoup de critiques, cela m’a plu de suivre une histoire qui est bien rythmée. Peu importe si cela a quelques ressemblances avec des histoires interactives. Il faut avouer que si un jeu a un bel univers, je l’apprécie déjà.

Cependant, j’ai un regret : Néo-Paris est bien amené dans les informations que vous pouvez récolter au fil de votre avancée du jeu. J’ai eu envie d’en savoir plus. Me faire passer du quartier le plus pauvre au quartier le plus riche, c’est bien, mais les autres quartiers ? Puis le jeu coince le joueur dans des endroits clos, alors que j’avais pris grand plaisir à prendre des screens des paysages. Je regrette, donc, que l’univers ne soit pas mieux mis en scène. Je finis avec le même sentiment de frustration qu’avec la saga Harry Potter (j’émets des critiques sur Harry Potter et KOTOR, je suis en train de perdre mes lecteurs) : j’adore l’univers, mais peu de chapitres en parlent, on finit dans l’école, puis coincés derrière Harry Potter (et je préfère davantage les personnages autour de lui).

 

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Néo-Paris.

Un jeu couloir

Je vous résume beaucoup de critiques vues et lues ces derniers jours : « c’est un jeu couloir ! ». Par cela, il faut comprendre qu’il n’y a qu’une seule façon d’avancer le jeu, qu’un moyen d’arriver à votre objectif, en allant tout droit. Et c’est vrai, là où beaucoup de jeux vous donnent des multitudes de quêtes secondaires, vous arrivez face à un jeu qui vous fait vous focaliser sur un seul scénario, aller dans un unique endroit, dans une seule direction.

Si c’est dommage ? Oui et non. Je suis curieuse, comme dit précédemment, j’aurais pris grand plaisir à visiter plein de quartiers. Mais ce n’est pas grave que ce soit fermé, que l’on ne suive que l’histoire de Nilin (surtout qu’elle est clairement invitée par ses connaissances à ne prendre qu’une seule direction, à ne pas dévier que la mission qu’on lui donne). Je trouve par ailleurs que cela permet de mieux faire attention au scénario et d’en calculer le rythme. Si vous partez dans tous les sens pour faire des quêtes annexes, vous faites forcément des pauses dans votre histoire.

Bien sûr, la mode des jeux vidéo aujourd’hui est aux mondes ouverts ; aux jeux qui vous permettent de vous promener dans l’univers présenté. Cela n’empêche pas que des jeux intéressants existent sans ce mode qui ne devrait pas devenir une condition sine qua non pour qu’un jeu soit considéré comme bon.

Pour que je sois ravie, au moment où Nilin commence vaguement à se rebiffer contre les ordres incessants qu’elle reçoit, elle aurait pu avoir quelques occasions de dévier de sa quête. Un peu comme dans Final Fantasy XIII où l’on cesse, à un moment, d’être dans un jeu couloir.

Mais ce n’est pas grave, puisque l’histoire est basée sur Nilin, plus que sur le monde qui l’entoure.

 

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Ce passage dans cette rue n’a strictement aucun sens dans le scénario.

Le gameplay

Remember Me alterne les plateformes avec les combats. Pour les combats, vous avez quelques séquences de touches sur lesquelles appuyer pour réussir votre combo. Il faut être réactif. Contre des boss, le jeu demande des QTE (il faut appuyer sur une séquence de touches dans le temps imparti pour vaincre définitivement l’ennemi). Rien de bien nouveau.

Grande déception pour les séquences de plateformes : le jeu vous signale la prochaine plateforme sur laquelle sauter, par une double flèche orange et la distance du saut. C’est un peu comme la saga Fable et son fil d’or lumineux sur le sol pour vous dire où aller (mais dans la saga Fable, on peut vite l’enlever, ce fil d’or). Les seuls moyens que vous ayez de galérer un peu sont de chercher toutes les informations et augmentations de capacités que le jeu vous offre (sous forme de boîtes oranges souvent cachées). Et encore, elles ne sont pas toujours très compliquées à trouver. Résultat : en mode « Normal », j’ai terminé le jeu en une vingtaine d’heures – en comptant mes recherches des boîtes oranges (mais à partir d’une certaine heure, le soir, je ne suis plus très zélée, donc je ne les ai pas tous) et mes pauses repas. Je me répète un peu mais, puisque j’ai bien aimé l’univers, j’aurais aimé en voir et en savoir plus. Je suis aussi persuadée que la durée de vie du jeu aurait été plus importante si le joueur devait réfléchir un peu aux directions à prendre.

La partie intéressante du jeu, celle qui a été mise en valeur dans les présentations et teasings, c’est le moment où Nilin remixe les souvenirs des gens. J’ai eu très peur au premier remixage, qui donnait un peu l’impression qu’elle changeait les souvenirs des gens et que bon, hein, dans le fond on s’en moque, il n’y a aucune question de morale de posée. Après, Nilin va se poser un petit peu plus de questions. J’ai lu qu’il n’y avait pas assez de scènes de ce genre, puisqu’après tout c’est ce qui fait la singularité de cet univers. Eh bien, oui, c’est intéressant de remixer les souvenirs des personnages et d’essayer les différentes possibilités. D’un autre côté, ça m’embête énormément de changer les souvenirs de quelqu’un (toujours question de morale – oui, certains de mes lecteurs vont encore dire que je suis gentille), donc j’apprécie que les scènes ne soient pas trop présentes. Elles en auraient, à mon sens, perdu leur intensité.

 

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Je vais vous faire un point « bottes » et peut-être que je suis la seule à être énervée par ce point.

Le point féministe

Puisque les créateurs du jeu invitent justement à y réfléchir, allons-y. Oui, c’est un jeu où vous jouez une femme – vous n’avez pas le choix – qui est métisse. J’ai trouvé le design de sa mère (qui est noire) vaguement stéréotypé. Cependant, je ne pense pas avoir un regard très aiguisé sur cette question, je pense que d’autres pourraient mieux réagir à ce point.

Nilin va sauver des hommes durant toute la partie, se montrer forte. Au niveau de son caractère, je l’ai trouvée quand même très à l’écoute de Edge. Elle ne le contredit qu’à partir d’un certain moment, alors qu’il se sert très clairement d’elle dès le début.

La mise en scène de Nilin est particulière. Elle a tout d’abord des vêtements étranges. Je passe sur la tenue de prisonnière du début qui me semble quand même bien moulante pour un uniforme. Je passe sur les plans sur le postérieur de Nilin – vous vous doutez de ce que je peux en penser (ça m’a rappelé les plans sur le postérieur de Miranda de la saga Mass Effect). Je veux vous parler de ses bottes à talons.

Quand je zappe sur du sport, c’est assez étrange, je ne vois jamais de femmes pratiquer avec des bottes à talons. Je ne connais pas de gens qui font de la varappe en bottes à talons. Je me doute qu’aucun art martial encourage à en porter. Et, si je n’ai pas vu le film Yamakasi, je crois qu’ils ne pratiquent pas en bottes à talons. Donc, pourquoi Nilin en porte-t-elle quand elle met ses propres vêtements ? Pourquoi prend-elle délibérément le choix d’avoir des chaussures qui ne sont absolument pas faites pour ses occupations de chasseuse de souvenir ?

Vous vous doutez que le jeu va réagir comme si elle avait une paire de baskets.

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Parce qu’elle n’a pas de baskets pour faire ça.

Mais, si jamais quelqu’un me lit, là, aujourd’hui, et se dit qu’un jour il va créer un jeu. Par pitié, souvenez-vous de ce point : il est à mon sens impossible de faire tout ce que fait Nilin dans le jeu avec des bottes à talons (courir, sauter de rebords en rebords sur les toits parisiens, virevolter autour de ses ennemis). C’est très joli à voir, mais c’est illogique. Petite astuce pour voir quelles sont les chaussures les plus agréables pour faire tout ça : allez dans un magasin de sport et comptez le nombre de chaussures à talons que vous rencontrerez dans les rayons (pas celles aux pieds des clients, ne trichez pas). Spoiler : il n’y en a pas !

Ces bottes à talons sont donc d’un illogisme pur et ne semblent justifiées que pour l’intérêt esthétique, et encore, on ne voit pas les talons tout le temps. On voit plus souvent son jean slim. Qui est au moins aussi logique que les bottes.

Notez par ailleurs qu’en regardant les crédits, vous ne verrez pas beaucoup de femmes. Cela explique le regard masculin imposé par le jeu.

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Voici un uniforme de prisonnier.

Faut-il l’acheter ?

Ah, la grande question.

Malgré mes critiques, j’ai pris du plaisir à jouer et à découvrir l’histoire, comme je vous l’ai dit. Le jeu mériterait quelques améliorations, mais il est agréable.

Je ne regrette pas mon achat : c’est un bon moment, une dystopie sympathique. Ce jeu ne fait pas partie de mes jeux préférés (il aurait pu s’il avait continué sur sa lancée des premiers chapitres), il est juste bon, pourrait être mieux. Dontnod, l’entreprise française qui l’a développé, souhaite faire un second opus. Je le leur souhaite sincèrement, mais le jeu a reçu beaucoup de critiques. Il faudra y travailler.

Ceci dit, si vous êtes allergiques aux jeux « couloirs », ne l’achetez pas. Si vous n’aimez pas la science-fiction et les jeux essentiellement narratifs, fuyez aussi.

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Une belle ambiance.

Post-Scriptum : Une fois n’est pas coutume, je vous ai donc parlé d’un jeu récent.

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Je suis curieuse, attentive, là pour apprendre, pour m'exprimer aussi. J'ai la tête pleine de verbes sympas, comme : découvrir, rencontrer, échanger, partager, écrire. Envie de les appliquer ici. Voici ma présentation sur le blog de la communauté pour les curieux : http://blogdelacommunaute.yagg.com/2011/09/05/keela-yaggeuse-de-la-semaine/
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LES réactions (7)
Le jeu du vendredi : Remember Me
  • Par AsDePique aujourd'hui - 19 H 42
    Photo du profil de AsDePique

    Ahah dans les films nanars il y a systématiquement un « plan nichon », les jeux vidéos on inventer le « plan fessier ». Et oui moi avec Miranda dans ME, ça m’avait choquer ^^

     
  • Par Keela 21 Juin 2013 - 15 H 06
    Photo du profil de Keela

    @bulbie Je suis choquée par ce que je veux !
    J’ai aussi été choquée par l’illogisme de la politique de gestion de la Bastille, mais c’était fort compliqué à raconter posément et clairement sans spoiler :p
    Sale grande troll 😀

     
  • Par Bulbie 21 Juin 2013 - 15 H 00

    J’aime pas les couloirs ! :schtroumpfgrognon:

    Bon, par contre, j’ai envie de faire la blague un peu facile : Dans un univers fantastique où on remixe les mémoires, toi, ce qui te dérange le plus, ce sont les bottes à talons ? Vraiment ? :p

    (Oui , je proteste toujours quand on cherche de la logique dans de la science fiction. :p Peut être qu’elle a des bottes à rebonds comme Chell ! Onsépa ! XD )

     
  • Par Judith Silberfeld 21 Juin 2013 - 13 H 58
    Photo du profil de Judith Silberfeld

    @Red Je confirme, je ne joue pas mais j’aime beaucoup les posts de @jojo et @keela . Ça doit être le côté exotique 😉

     
  • Par Red 21 Juin 2013 - 12 H 59
    Photo du profil de Red

    @jojo Ca perd pas les gamers en tout cas 😀 Moi je m’y retrouve, même mieux. Et vous décrivez suffisamment bien à chaque fois pour que ça ne perde pas les non-joueurs 🙂 (je pense)

     
  • Par Jojo Poivré 21 Juin 2013 - 12 H 29
    Photo du profil de Jojo Poivré

    Je ne l’ai pas fait mais c’est un jeu que je voudrais faire parce qu’il est tout de même intrigant. On critique souvent que le jeu vidéo tourne en rond et qu’à part Call of Duty, Mario et Fifa y a rien de nouveau. Je suis donc content de l’arrivée de ce titre même si je pense que niveau ventes ça risque d’être un peu juste…

    Bon par contre le coup de l’héroïne qui perd la mémoire (ou qu’on a enlevé ou qu’elle a retiré pour le coup) c’est vu et revu. Il y avait tellement de pistes avec l’univers de départ.

    En tout cas j’ai adoré ton article ! Surement un des meilleurs que j’ai lu ! J’aime beaucoup les comparaisons à d’autres jeux. Fable, FFXIII, Mass Effect, Fallout 3, ça me parle directement mais je ne sais pas si c’est le cas pour les yaggeurs(/euses). J’ai toujours des appréhensions à mettre des références dans mes articles de peur de les perdre alors que ça apporte vraiment beaucoup de substance dans celui-ci !

     
  • Par Red 21 Juin 2013 - 9 H 53
    Photo du profil de Red

    « c’est étrange cette lumière qui vient du bas pour souligner les fesses de Nilin »
    C’est tout d’même bien fait !

    Ben, le problème d’un jeu couloir, c’est quand c’est une facilité pour faire avancer l’histoire. Quand le scénario et le rythme en ont besoin, c’est moins grave. Quand c’est pour bourriner sur des ennemis salle après salle, c’est déjà plus relou.

    NOOON PAS DES QTE !
    (ça rappellera des souvenirs à certaines)
    Non mais tu vois pourquoi c’est chiant?! Ca t’enlève tout le plaisir et le mérite de déglinguer les boss et les monstres par toi-même ! Encore une facilité ! (point énervement)

    Je pense que pour l’univers et l’ambiance, je l’achèterais le jour où j’aurais un PC/console sur lequel ça tournera 😀

    Merci pour les screens qui ont ravi mes zyeux sur Steam 🙂

     
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