
Illustration du jeu de rôle Pendragon.
Ce n'est un secret pour personne (du moins, pour les gens qui lisent mon blog, ou qui ont le malheur de me lancer sur le sujet), je joue aux jeux de rôles dits « sur table ». A savoir que j'ai ma panoplie de dés, ma collection de personnages divers et variés, disponibles sur ma tablette parce que je suis une geek-geek.
Et, surtout, j'ai ma bibliothèque de jeux de rôles.
Pour les gens qui ne sont pas habitués, un jeu de rôles sur table nécessite un livre de règles, comportant le contexte et les règles du jeu, qui permet de créer scénarios et personnages. Il suffit à une table d'avoir un livre de règles par jeu, parce que sinon, c'est un peu comme si chaque joueur de Uno avait son propre fichier de règles, ça ne sert un peu à rien (ça peut être plus pratique, mais c'est cher, pour les jeux de rôles).
Pour que vous vous rendiez compte de « pourquoi elle grogne, la petite geek ? », voici les faits.
Fin août 2011. Alors que nous terminions une aventure sur le jeu « Achéron » avec les gens qui participent à ma table, une de mes amies lance « Et toi qui écris bien, tu ne voudrais pas essayer d'être maître du jeu ? » (diriger le scénario et les joueurs pour une partie).
Je réponds que j'ai plusieurs jeux chez moi, je raconte les particularités de chaque univers. Nous finissons par nous mettre d'accord sur Pendragon.
Je vais chercher chez moi, je retrouve toutes les extensions de jeu (les aides supplémentaires au livre de règles, qui augmentent les possibilités de jeu), mais pas le livre de règles. Autrement dit, j'ai des scénarios et des personnages pré-définis, mais il me manque les règles du jeu.
Bon, d'accord. Depuis la dernière fois que j'ai joué à Pendragon, j'ai déménagé deux fois, il est possible que le livre en question se trouve à Angers. J'appelle à Angers, je demande de chercher le livre dans les affaires qu'il me reste. On m'envoie tout d'abord chier, puis on me dit qu'on va chercher, que la recherche ait été faite ou non, le résultat est : « on l'a pas ».
Ah, mince, donc il y a un livre de règles assez massif (c'est environ 300 pages en format A4, cartonné, un livre de règles) qui se promène quelque part entre les Pays-de-la-Loire et Paris, c'est super.
A ce moment-là, nous sommes fin septembre et mes amis ont déjà pris la décision de faire un autre scénario pour un autre jeu en attendant. Je finis par me promener sur internet, un peu déçue, en me disant que je vais racheter un autre livre, tant pis. Si je retrouve l'ancien par miracle, je le laisserai chez mes amis chez qui je joue, ça m'empêchera de devoir me promener avec le livre à chaque partie.
Mince. Sur internet, il est indisponible. Partout. Étrange, il s'agit d'un des jeux « mythiques » des jeux de rôles. C'est un peu comme si vous appreniez que Candide n'est plus disponible. Un classique, comme ça... Bon, je continue ma recherche, j'apprends que les éditions Icare vont rééditer le livre. Le jeu est dans une nouvelle version en Anglais, on la traduit en Français.
J'attends de terminer mes derniers examens pour mes cours. Le 4 octobre, je vais m'informer un peu mieux sur cette nouvelle édition. Elle est en pré-commande, disponible dans un mois maximum.
Ah, bien. Je calcule. Vu l'avancée du scénario actuel, nous devrions être en création de nouvelle partie dans un mois et demi. Ça me donne deux semaines pour lire la nouvelle version du jeu. Pendragon se déroule dans l'univers arthurien, je maîtrise assez bien le sujet, ça devrait être faisable.
A la date « limite » de réception, rien dans ma boîte aux lettres. Il peut y avoir un peu de retard. Je vais voir sur le site des éditions Icare, rien. Je vais voir sur leur forum, pas grand chose non plus. J'hésite, je laisse passer un jour ou deux, et j'envoie un mail pour savoir s'ils ont envoyé le livre.
On me répond qu'il y a des retards.
Ah, bon, des retards. J'attends, donc. Je passe mon tour pour le scénario qui suit avec mes amis. Je joue, mais ne dirige pas l'histoire. Il faut avouer que si j'arrive relativement bien à gérer un scénario sur internet, je ne suis pas habituée à le faire « sur table ». Je préfère être prête.
Le temps passe, les personnages aussi. Nous jouons beaucoup avec mes amis, à peu près cinq à six heures par weekend. Je ne me plains pas, j'adore être joueuse. Mais quand même, j'ai l'arrière-goût amer de celle qui attend désespérément des nouvelles du jeu qu'elle a commandé.
Car, tenez-vous bien : jamais, à moins d'aller demander, les éditions ne donnent de nouvelles sur leur avancée et leurs retards.
Fin novembre, début décembre. Je finis par apprendre qu'en fait, ils avaient vu des problèmes de traduction. Ils ne pouvaient donc pas valider l'impression. C'est normal de ne pas valider cette impression d'une mauvaise version. Ce que je trouve anormal, c'est de mettre un livre en pré-commande, avec une date de disponibilité, alors que le livre n'est pas validé. Je ne m'y connais pas en édition, mais j'aurais tendance à lancer les pré-commandes entre le moment où la version finale est validée, et le moment où elle est imprimée. Avant ça, je présenterais cette pré-commande autrement, annonçant que la date de disponibilité n'est pas assurée, que ces achats allaient aider à se donner une idée du stock à imprimer.
Décembre se poursuit. J'apprends qu'il y a des problèmes avec l'imprimeur. Le jeu ne sera pas disponible pour Noël. Enfin, si nous apprenons ça, c'est parce que des gens le demandent sur le site. Mince, ils ont mon mail, ils ont mon adresse... ça leur ferait du mal de prévenir les gens qui ont acheté le livre ?
Je patiente, je patiente.
14 janvier 2011, soit plus de quatre mois après l'achat, et trois mois avant la date de réception annoncée. Je rentre chez moi après une journée certes géniale, mais longue. La maisonnée est endormie, je vois qu'il y a un gros paquet qui m'attend.
C'est lui ! Il est là, après tout ce temps !
Je suis assez contente, je déballe le paquet. Effectivement, il y a le livre. Avec la carte postale dédicacée. Je suis un peu déçue, pour avoir offert des cartes dédicacées avec des livres au boulot, j'avais tendance à demander à l'auteur de mettre au moins le prénom de la personne en face. Là, j'ai juste une signature. Pas franchement humain.
Je regarde le livre. Il a un nombre de page moyen pour un livre de règles, environ 300. Mais le papier choisi fait qu'il est le plus gros de ma bibliothèque. Alors que j'ai des livres de règles qui font 400 pages. Il est massif, ma bibliothèque est remplie à craquer, je ne sais pas où je vais le ranger. J'avais mal géré l'espace à lui réserver.
Autre problème : il est tellement gros que malgré le papier à bulles, les coins de la couverture cartonnée sont cornés. Aïe. Je suis maniaque avec mes bouquins. J'ai l'impression d'avoir un livre d'occasion entre les mains. Mon cœur se serre. Il y a quelques coquilles au premier coup d’œil. Je suis un peu déçue. Certaines illustrations sont des reprises de l'ancienne édition, d'autres sont de qualité vraiment médiocre par rapport à la très belle couverture.
Je regarde l'empaquetage. Je fouille. Vraiment.
Il manque un truc.
Vous avez suivi l'aventure. Le temps passé, le manque d'informations. Les trois mois de retard. Certes, je suis à un poste où la communication avec les clients, je connais. Si j'ai quelques jours de retard, je m'apprête à prévenir les gens, à discuter avec eux. Je mets en place un dialogue, je les implique suffisamment pour qu'ils soient compréhensifs.
Et à la fin, à la toute fin, quand j'envoie enfin le paquet tant attendu, je laisse un petit mot dedans. Un « merci pour votre patience, nous avons rencontré quelques soucis », ce n'est pas très long à faire. On peut le taper sur un logiciel de texte, l'imprimer. Pas besoin de personnaliser, un mot d'excuse suffit. Bien sûr, c'est mon travail, je suis donc sensible et parfaitement capable de voir quand c'est un message général ou quelque chose de privé. Mais même générale, une information, une pensée, reste un geste non-négligeable.
Mais pas de mot d'excuse. Il faut aller chercher sur le site pour le trouver, un simple « merci pour votre patience ». J'espérais qu'on fasse assez attention au client pour joindre une feuille au paquet envoyé.
Et, honnêtement, cela aurait été le strict minimum. Ils ont des scénarios supplémentaires de disponible. Un scénario en cadeau, ça n'aurait pas été bien méchant. On appelle ça un geste commercial.
A cette heure, il y a des extensions de prévu, des scénarios à acheter, une jolie gamme de jeu qui se monte.
Mais après avoir été très déçue en tant que cliente, est-ce que cela me motive vraiment à acheter ? Non.
C'est dommage, j'aurais pu oublier les coquilles et la couverture cornée, avec un petit mot d'excuse. J'aurais pu oublier l'impatience, les trois mois d'attente.
Un geste, un petit geste pour le client qui a une opinion négative, ce n'est pas méchant. Un mot ajouté au paquet, ou un mail ? Il y a tellement de moyens d'écrire quelque chose et de l'envoyer à plusieurs personnes.
Je suis désolée, vraiment. Parce que Pendragon est un jeu qui m'a laissé un très bon souvenir avant que je ne le rachète. C'est en partie pour cela que j'étais prête à m'acheter une nouvelle édition. Mais là ?
Là, je suis simplement amère.
Post-Scriptum : Tant et si bien que ça m'embête d'avoir à ouvrir ce livre.