
Photographie d'Arnaud Borrel
Chère Emilie Simon,
Je vous ai déjà écrit, cela fait des années que je  vous écoute. Vous êtes, je n’ai pas peur de le dire, mon artiste préférée. A votre voix se mêlent une grâce, et un monde particulier, qui me touchent sincèrement.
J’ai toujours rêvé de vous voir en concert. Malheureusement, autour de moi, personne n’est aussi fan que je ne le suis (je les pardonne). Alors, souhaitant partager cet instant avec quelqu’un, j’ai attendu, longtemps, une occasion… Jusqu’à ce jour où la magie des réseaux sociaux m’a appris l’existence de ce concert unique, à Paris, pour votre dernier album. La date du concert, non loin de mon anniversaire, m’a amusée. Tant pis pour mes proches : j’irai seule, je m’offrirai cette soirée pour mes 24 ans.
Et j’y suis allée, pestant contre les transports en commun bloqués, qui me faisaient craindre de ne pas arriver à l’heure. Non, très chers métros. Pas ce soir, pas cette fois, où mon cœur battait si fort, que j’avais le sentiment d’avoir un rencart. Après tout, c’est bien de l’amour. De l’amour pour l’art, pour une sensibilité qui me plaît. Je voulais vous entendre dans cette salle que l’on me disait magnifique, je voulais voir les jeux de scène, sentir ce disque prendre de l’ampleur.
J’ai découvert ma place au premier balcon, au fond, tout au fond. Mon cœur s’est serré en voyant que, pas bien grande, j’étais placée derrière un homme gigantesque (comme toute personne mesurant plus d’un mètre soixante-dix). J’ai passé quelques temps à hocher la tête, de droite à gauche, de gauche à droite, pour observer la scène.
Cela ne gâcha pas ma soirée. Je ne savais pas à quoi m’attendre, et ce fut merveilleux, mieux que tout ce que j’avais pu imaginer. La première partie du concert était constituée de reprises des anciens albums, au piano et aux cuivres. « Flowers » y a gagné un nouveau goût – et pourtant, cette chanson du premier album, j’ai mis longtemps avant de l’apprivoiser. « To the dancers in the rain » est toujours aussi magique, quelle qu’en soit la version. J’avais envie de danser sur « Rainbow », les demoiselles à côté de moi aussi, l’une d’entre elle a donné un coup de coude complice à sa voisine. Une vague histoire d’arc-en-ciel, j’en suis à peu près certaine, après avoir surpris leurs regards plus tard dans la soirée. Les chansons s’égrenaient, jusqu’à l’entracte.
Un entracte ? Je ne suis pas une habituée des concerts, je pensais qu’ils étaient réservés au théâtre. Devant moi, quelqu’un se met à jouer sur une tablette tactile. Je me dis qu’il y a joueur plus compulsif que moi, cela ne me rassure même pas. Du coin de l’œil, ne ressentant pas le besoin de bouger, je suis sa progression dans son niveau, et me dis qu’il a quand même de bons réflexes. Je regarde mon téléphone, réfléchis à un statut sur les réseaux sociaux qui laisserait deviner une petite partie de ce que je ressens.
La salle se met à sonner. Si l’acoustique est belle, je trouve les lieux un peu froids. Vous reprenez votre concert, avec une nouvelle tenue. Il y a un totem-instrument au fond de la scène, cela m’intrigue, mais je ne le discerne pas très bien. Vous virevoltez sur la scène et, je trouve ça beau. Sur « Franky’s Princess », je regrette de nouveau d’être assise. Mes lèvres dessinent vos chansons depuis le début du spectacle. Il est très difficile de ne pas chanter, comme j’en ai l’habitude. Nous sommes peut-être loin de la scène, mais il y a de l’énergie, par ici, que vous nous transmettez.
Vous présentez vos musiciens, j’entends votre rire pour la première fois. C’est effrayant, vous avez une voix que je trouve superbe, même sans chanter.
Le concert se termine. Je me rends compte que j’ai pleuré durant cette deuxième partie. Pour la première fois, la musique, lors d’un concert, m’a tiré quelques larmes. Vite, je les essuie. Je suis sous le charme, et je quitte la salle, un peu sonnée. Je me retrouve dans une foule impressionnante, je suis un peu perdue.
Dans mon sac, il y a le dernier album. En partant de chez moi, j’avais espoir de le faire dédicacer. Mais cette foule m’effraie, je ne sais pas où me rendre, où vous attendre. Le cœur lourd, hésitant, je me dis qu’il vaut mieux rentrer. J'aurais tant aimé avoir un autographe.
Difficile de s’endormir après cette première fois, ce concert m’a électrisée. J’espère que vous en avez profité autant que nous.
Merci. Vous me donnez envie d'écrire ; de vous écrire, aussi.